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Réflexions et billets


Ordination des femmes

À l'occasion de la commission Bouchard-Taylor sur les accomodements raisonnables,  beaucoup de personnes avancent avec force la question de l'égalité homme femme.  Certains mettent même ce droit au dessus des autres, même le droit de la liberté religieuse. Par le fait même, on questionne l'Église catholique qui ne semble pas pratiquer cette égalité homme femme, du moins dans la question de l'ordination sacerdotale des femmes.  Je crois que cette interpellation à l'Église est justifiée.

Les arguments contre l’ordination des femmes se ramènent toujours à la volonté de Jésus. Jésus, homme éminemment libre et lucide, alors qu’il s’est montré très libéral à l’égard des femmes allant jusqu’à briser des tabous, n’a tout de même choisi que des hommes pour poursuivre sa mission et agir en son nom.  On conclu de cela que Jésus a écarté pour toujours les femmes de l’ordination.

 Selon ce type d’argumentation, il faudrait aussi conclure que ni Mgr Gaumond, ni le cardinal Ouellet, ni Benoît XVI ne sont validement ordonnés puisque aucun d’eux n’est Juif.  Jésus a habité Capharnaüm, en territoire païen, il a grandi et oeuvré en Galilée, carrefour des nations, il a brisé les frontières du judaïsme pour prêcher un salut universel, il a souvent loué la foi de païens comme plus grande que celle trouvée en Israël.  Pourtant, consciemment, librement, il n’a choisi que douze hommes Juifs.  Devons-nous conclure à sa volonté pour toujours d’exclure les non-juifs de la prêtrise?  Jésus n’a jamais parl d’une Église hiérarchique comprenant pape, cardinaux, évêques, prêtres, diacres, laïcs, communautés religieuses.  Pourtant, l’Église s’est crue autorisée d’ajouter ces nombreux ministères.  Vraiment, cet argument de la volonté de Jésus ne tient pas la route ni en bonne exégèse (étude biblique) ni en bonne théologie.

 L’interprétation et l’application de la lettre de Paul aux Éphésiens sert aussi d’argument aux opposés à l’ordination des femmes.  Le Christ y est décrit symboliquement comme l’époux et l’Église comme l’épouse.  Ainsi, une femme ne pourrait représenter Jésus puisqu’elle ne peut être époux.  Le Christ y est aussi décrit comme le chef à qui l’épouse doit obéissance.  Nous savons comment ce texte a été utilisé pour soumettre la femme à son mari.  Le pape Pie XI, en 1930, dans son encyclique “Casti connubii”, identifie clairement l’époux au Christ et l’épouse à la femme.  Et il tient cette interprétation comme absolue et valable pour tous les temps.  Pourtant, Jean-Paul II, en 1988, dans son encyclique “Dignité et vocation de la femme” renverse cette interprétation.  Comme membres de l’Église, les hommes comme les femmes, dit-il, sont également inclus dans le concept d’épouse.  Faudrait-il en conclure que Jésus est à la fois homosexuel et hétérosexuel puisque, dans cette symbolique, il est l’époux d’un homme comme d’une femme.  Non, vraiment, l’interprétation matérialiste des images symboliques utilisées par Paul pour exclure les femmes de l’ordination ne tient pas la route.

 Saviez-vous que le 2 juin 1981 des femmes ont été ordonnées dans la cathédrale St-Michel de Sherbrooke?  Et cela avec la bénédiction de Mgr Jean-Marie Fortier.  J’ai retrouvé un texte que j’ai écrit dans La Tribune à l’époque.  En effet, Mgr Fortier a accueilli un groupe imposant de membres de l’Église Unie du Canada réunis en synode.  Dans la cathédrale, neuf personnes, dont quatre femmes, ont été ordonnées au ministère sacerdotal.  Mgr Fortier les a accueillis en disant: «Nous ne vous prêtons pas la cathédrale, nous vous y accueillons».  J’ai alors qualifié ce geste comme étant un fruit de l’Esprit.

Il est impensable que Dieu, qui a aussi créé la femme à son image, considère la femme comme indigne d’agir au nom de son Fils Jésus dans le ministère sacerdotal.  Aujourd’hui, Jésus dirait “oui, je le veux” à l’ordination des femmes.  Puisse l’Esprit conduire l’Église à le dire aussi à son tour.

 André Castonguay, ptre curé

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