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Réflexions et billets


Un idéal à ras de terre!

        Plusieurs affirment que notre monde est matérialiste, qu’il ne vit plus de valeurs profondes, n’a plus d’idéal, bref, s’en va à la dérive.  Sans même avoir besoin de s’arrêter pour y penser, les preuves en ce sens foisonnent de toute part : nos relations de travail sont tendues, les familles s’éparpillent, les couples se distancent, la vie est menacée, la justice est ridiculisée...  Je m’arrête car je risquerais de sombrer dans le pessimisme.

             D’autre part, on nous fait miroiter des idéaux tous plus nobles les uns que les autres : l’harmonie parfaite entre les humains, justice pour tous, famille unie et épanouie, un amour éternel entre l’homme et la femme, la paix universelle, la vie respectée sous toutes ses formes...  Je m’arrête aussi car je risquerais un jour de tomber de trop haut.

             Dans un cas comme dans l’autre, je ne me sens plus à l’aise.  Ce qui nous manque souvent, ce n’est pas de l’idéal mais un idéal à notre portée.  Il y a un type d’idéal qui assomme et un qui fait vivre.  Celui qui est trop distant de mon vécu m’assomme et m’empêche de discerner le positif que je vis déjà.  La solution apparaît alors être la résignation à son sort.  On peut par exemple tellement idéaliser l’amour du couple et le mariage chrétien qu’ils finissent par apparaître tout à fait désincarnés.  On arrive ainsi à ne plus pouvoir s’émerveiller, à ne plus croire à un amour en train de naître ou au sérieux d’un engagement humain.  C’est tout ou rien, il n’y a plus de place au cheminement.

             Un idéal qui me fait vivre est celui qui me permet d’abord, pour emprunter une expression de Jean Vanier, « d’être à l’écoute de la musique de l’autre ».  C’est un idéal qui me fait découvrir la beauté de ce qui est déjà vécu.  C’est un idéal qui m’invite à poursuivre encore plus loin ce que j’ai commencé d’être.  C’est dans cette terre que prend racine l’idéal évangélique.

             Me découvrant des pieds et des mains et un coeur, j’ai le goût de vivre, de construire du neuf, de cheminer avec un idéal.

             Je ne saurais que faire d’un idéal qui frise l’utopie.  Mais je chemine avec un idéal me révélant une bonne nouvelle aujourd’hui.

 

André Castonguay, ptre curé

 

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