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LE RITE DE DISTRIBUTION DE LA COMMUNION

À SAINT-CHARLES-GARNIER

Lors des célébrations dominicales, la distribution de la communion se fait par l’ensemble de la communauté. Concrètement, quatre ministres de la communion se rendent à l’autel, au moment du Notre Père, et reçoivent du prêtre des plats contenant les hosties consacrées. Le prêtre leur dit : «allez distribuer à vos frères et sœurs le Corps du Christ». Ces ministres ont la responsabilité de faire circuler les plats dans quatre sections de l’église. Chaque personne qui veut communier se tient debout, reçoit le Corps du Christ en répondant Amen, puis l’offre à la personne voisine en disant «Le Corps du Christ», de sorte que toutes et tous deviennent tour à tour ministres de la communion. Quand une personne a communié, elle s’assied, et à la fin, les ministres rapportent les plats à l’autel. Pour les enfants qui n’ont pas encore fait leur première communion, des petits biscuits leur sont offerts comme symbole de leur participation à la rencontre eucharistique. De plus, les personnes qui portent la communion à des proches à la maison déposent une custode dans un grand plateau à cet effet, avant la messe, et la reprennent à la fin. Cette manière de faire suscite parfois des interrogations chez les gens qui n’y sont pas familiers. Il vaut la peine d’expliquer le sens d’une telle pratique.

Contexte historique

Au moment de la nomination de l’abbé Robert Jolicoeur comme curé de la paroisse Saint-Charles-Garnier, en 1987, la communauté se réunissait dans la petite église maintenant démolie. La popularité du nouveau curé attirait des foules dans un temple qui était archibondée, où il était difficile de faire le rite habituel de communion. C’est pourquoi on a commencé à procéder autrement, en faisant appel à la collaboration de tous pour éviter des déplacements pénibles et distrayants, au moment où doit plutôt être favorisée un bon recueillement.

La construction de la nouvelle église, en 1990, n’a pas vraiment modifié les problèmes, encore une fois en raison de l’affluence de monde aux nombreuses célébrations. Dans ce grand espace qui contenait 500 chaises, dans des rangées assez serrées de 8 à 10 chaises, la circulation des gens pour aller recevoir la communion n’était pas beaucoup facilitée, si bien que le modèle a été maintenu, d’abord pour des raisons d’ordre pratique et fonctionnel. Le curé André Castonguay arrivé en 1999 a maintenu le modèle. Avec le changement de pasteur en 2008, une réflexion a été entreprise avec les membres de la communauté paroissiale.

En effet, depuis janvier 2009, la communauté SCG s’active à inscrire dans son vécu une dynamique de participation communautaire à la réalisation de la mission pastorale. Dans cet effort de relance, des comités d’orientation ont été mis en place dans les grands chantiers de la mission : liturgie, service des autres, formation, chrétienne, soutien administratif. La communauté est conviée à chaque année à un grand rassemblement où toutes et tous sont invités à réfléchir ensemble aux orientations à prendre pour bien accomplir la mission en cohérence avec les valeurs et la vision que la communauté a identifiées dans son plan de développement pastoral de 2009.

En conséquence, tout projet ou tout changement important est toujours soumis à l’attention de la communauté, dans les grands rassemblements, surtout dans le Rassemblement

communautaire annuel (RCA) qui se tient en février, mais également dans les soupers communautaires, les activités de lancement ou de clôture de l’année pastorale, dans les célébrations du week-end, dans le journal communautaire et sur le site web. Cela se fait en prenant le temps nécessaire pour que les gens deviennent correctement informés et puissent réagir, donner leur point de vue, permettre une bonification ou une annulation du projet. Le maître-mot de cette culture organisationnelle est ensemble.

Ainsi, la transformation du feuillet paroissial en journal communautaire, l’aménagement du chœur, la mise en place d’un oratoire, le changement des horaires des messes, etc. : tout cela a été proposé et lentement mis en place, souvent après plusieurs mois, pour permettre que le projet soit vraiment communautaire dans sa gestation et sa réalisation.

Présentement, les gens se sentent vraiment partie prenante de la vie de leur communauté. Ils ont faire une expérience qui ne leur était pas familière, dans l’Église : ils ont droit de parole et on les écoute! C’est pourquoi la remise en question du rite de communion ne peut passer outre à une sérieuse participation de toute la communauté.

Nouveau regard sur cette façon de faire

Suite à la mise en place d’un comité de liturgie, en 2009, et en lien avec des rassemblements communautaires vécus récemment, la question du rite de communion a été souvent discutée. Et la réflexion a permis de dégager une manière de le vivre en lien avec une compréhension nouvelle de la communion.

Ainsi, le rite qui consiste à confier à l’assemblée de «se distribuer» la communion est apparu porteur d’un message qui enrichit le geste traditionnel d’un autre sens : chaque membre de la communauté est invité à partager le pain eucharistique à son proche voisin, avec recueillement et respect, en l’offrant en disant :«Le Corps du Christ», cette formule faisant référence non seulement au pain consacré mais également à la communauté qui, dans cette participation de tous ses membres, se reconnaît comme Corps du Christ. Le croyant qui communie dit «Amen» à la fois au Christ qui se rend présent dans le Pain de Vie, et au Christ qui se manifeste dans l’Église qui est son Corps. Je ne peux communier à Jésus Ressuscité si je n’accepte pas l’Autre auquel il s’identifie et qui, avec moi, fait Corps avec Lui.

En réfléchissant ainsi, la distribution de la communion à l’intérieur de la communauté est apparue autrement : il ne s’agit plus seulement d’une façon commode de gérer une foule trop dense. Le geste a du sens, si on l’explique et si les participants s’appliquent à le comprendre sous cet angle communautaire. Et cette façon de le vivre a été largement diffusée, expliquée, rappelée, pour éviter que rite soit mal compris et mal vécu, entre autres par une consigne qui est affichée sur l’écran à chaque messe, et par des avis dans le SCG, comme celui qui suit.

AMÉLIORATION DE LA DISTRIBUTION DE LA COMMUNION

Le geste de se partager le Pain eucharistique en passant un plat d’hosties consacrées aux autres est une belle expression de notre solidarité communautaire au moment de la communion. Cela fait comprendre que communier n’est pas un geste de piété individuelle, mais de participation à l’édification du Corps du Christ qui est l’Église. Chaque communiant doit vivre ce partage avec respect et précaution, et tous sont invités à faire circuler les plats près d’eux. Pour faciliter la distribution de la communion, quatre personnes offrent les plats dans quatre sections d’environ cent places. Dans la première près de la sacristie, les plats circulent de l’avant à l’arrière. Dans les trois autres, un plat est donné en avant et un autre en arrière, et les préposés à la communion se tiennent au centre pour assurer le bon fonctionnement puis rapporter les plats dans le chœur. Merci de votre collaboration.

Journal SCG. 20 septembre 2009

Les personnes non familières à cette pratique, qui viennent à l’église en passant et n’ont pas été familiarisés avec le sens du geste, ont des réactions d’étonnement. D’autres expriment diverses résistances, parce qu’on ne fait pas comme tout le monde, parce que c’est dangereux pour les microbes, parce que cela manque de respect…

En réalité, cette manière de faire facilite davantage le recueillement que le désordre et le bruit associés au déplacement des gens au moment de la communion. Il est davantage communautaire et se déroule avec ordre, qualité des gestes, grâce aux bénévoles qui ont été formés à faire la distribution des plats qui ont été spécialement fabriqués pour nous par des artisans de Madagascar.

La manière physique de recevoir la communion a varié au cours des siècles : à genoux, debout, sur la langue, dans la main, etc.), et on ne peut faire de l’un ou l’autre modèle une sorte de règle absolue. Même chose pour les personnes appelées à distribuer la communion (les femmes n’avaient pas leur place dans le chœur…). La valorisation de la participation des baptisés à la vie de la communauté permet maintenant de réfléchir les choses autrement, en gardant le cap sur l’essentiel : que les gestes que nous vivons pour exprimer notre foi ensemble nous aident à développer une prière solidaire et sincère. Le rite présentement utilisé à SCG, et ce depuis 25 ans, illustre à sa manière la communion eucharistique vécue en Église.


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